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La Maison Christofle, «une de nos gloires nationales» depuis 1830 selon Le Figaro

La Maison Christofle, «une de nos gloires nationales» depuis 1830 selon Le Figaro

LES ARCHIVES DU FIGARO – Cette année à l’occasion des Journées du patrimoine, la maison Christofle ouvre pour la première fois ses salons au public. Avant de les visiter, replongeons-nous dans l’histoire de cette prestigieuse marque d’orfèvrerie française.

En partenariat avec RetroNews, le site de presse de la BnF.

L’histoire de la maison Christofle démarre en 1830. Le bijoutier Charles Christofle (1805-1863) fonde la maison qui porte encore aujourd’hui son nom. Reprenant la fructueuse affaire familiale, spécialisée dans la fabrication des métaux précieux, Charles Christofle dépose en 1832 son poinçon de maître à la Garantie de Paris, pour la fabrication des bijoux en or.

Avant-gardiste, il change le destin de l’entreprise en achetant en 1842 les brevets d’argentures et de dorures par électrolyse au français Henri de Ruolz. Il peut ainsi fabriquer des pièces en métal argenté à l’échelle industrielle:
«Il n’y a pas 20 ans qu’un chimiste français découvrit en se livrant à des expériences sur les propriétés de la pile de Volta l’affinité mutuelle des métaux plongés dans un bain électrique. La fortune de M. de Ruolz fut de faire passer sa découverte du domaine de la théorie dans celui de la pratique, et d’imaginer la dorure et l’argenterie par les procédés auxquels il a donné son nom. L’acquéreur des brevets de M. Ruolz, la maison Christofle fut la première qui mit en œuvre sa merveilleuse invention» rapporte Le Figaro du 19 février 1863.

Illustration représentant Charles Christofle, célèbre orfèvre français qui lance l’industrialisation du métal argenté. Rue des Archives/©Edimedia/WHA/Rue des Archives

Cette nouvelle industrie suscite rapidement les convoitises: l’orfèvre poursuit en justice les contrefaçons: près de «358 procès donnèrent raison à Charles Christofle» précise L’Echo de Paris le 15 décembre 1935.

«Fournisseur de l’Empereur»

La maison Christofle connaît la consécration lorsque Napoléon III lui commande un surtout* majestueux et toute l’orfèvrerie pour les réceptions de Compiègne et des Tuileries. Le baron Haussmann commande pour les fêtes de Paris également un surtout et un service de table considérable.

Devenu «fournisseur de l’Empereur», la maison devient célèbre et est sollicitée par les souverains étrangers.

En 1862, les réalisations de la maison Christofle sont présentées à l’exposition universelle de Londres: «Ces chefs-d’œuvre ont fait l’admiration des Anglais, eux-mêmes, qui se piquent pourtant de nous égaler dans l’art de l’orfèvrerie» rapporte Le Figaro du 19 février 1863.

Le jury récompense la Maison Christofle d’une médaille et d’une mention d’honneur. L’Empereur élève alors Charles Christofle au grade d’officier de la Légion d’honneur.

Cette maison française de renom universel moissonne partout des récompenses: de Londres à Sydney, de Vienne à Philadelphie, elle est à l’honneur de nombreuses expositions universelles.

Publicité parue dans «Le Figaro» du 27 décembre 1860. Publicité parue dans «Le Figaro» du 27 décembre 1860. Le Figaro 1860

À Paris, la maison expose et vend dans deux lieux: le Palais de Hanovre au 33 boulevard des Italiens (aujourd’hui s’y trouve Le Palais Berlitz immeuble de style Art déco), et au 12 rue Royale à partir de 1897.

«Que vous alliez au Pavillon de Hanovre ou aux magasins de la rue Royale, votre impression sera la même: vous serez séduit par la richesse et la beauté de toute cette orfèvrerie. Il y a là, en dehors des couverts qui sont la base de la fabrication, des choses admirables. Par exemple la chocolatière en orfèvrerie Christofle, les corbeilles à pain, métal Christofle d’une admirable élégance de dessin; les corbeilles à fruits, non moins ravissantes…Comme on peut en juger, les magasins de la maison Christofle offrent des ressources infinies pour les cadeaux à faire à ses amis… et à soi même» (Le Figaro 23 décembre 1913).

Des couverts à la portée de presque tous

La maison par la création de son orfèvrerie nouvelle a vulgarisé l’argenterie. En effet, elle permet de faire entrer dans les foyers des classes moyennes des services avec des dorures et des argentures. En quelque sorte les couverts de Christofle permettent de briller sans se ruiner: c’est une véritable révolution dans les habitudes économiques. «Avant la splendide invention de l’orfèvrerie Christofle, les toutes petites fortunes mangeaient dans des couverts de métal qui s’oxydaient et devenaient dangereux. Il s’agissait de trouver de l’argenterie qui ne coûtât pas le prix de l’argenterie, tout en étant de l’argenterie. M. Charles Christofle a résolu ce grand problème, et la création de l’orfèvrerie qui porte son nom a étonné le monde entier» (Le Figaro 16 avril 1857). Et Le Figaro de complèter quelques années plus tard: «Ce qui d’abord semblait n’être qu’une opération commerciale est devenu une œuvre de civilisation».

Innovateur, Charles Christophe l’est également dans la mise en place d’une politique sociale dans ses ateliers bien en avance sur son époque. Le Moniteur universel enliste quelques éléments dans son édition du 18 décembre 1863: «La création de la caisse de secours de son établissement, la fondation de cinq lits aux asiles de Vincennes et du Vésinet au profit de ses ouvriers, une somme de près de 80 mille francs distribués en livre de la caisse d’épargne incessibles et insaisissables.

Un savoir-faire qui perdure

Préoccupé de la continuité de son œuvre, il prend soin de former ses successeurs Paul, son fils et Henri Bouilhet, son neveu. Quand il s’éteint en décembre 1863, ils reprennent la maison. Ils continuent d’appliquer les grands principes de Christofle.

Magnifique chariot à vin vigne 1860 en métal argenté. Magnifique chariot à vin vigne 1860 en métal argenté. Christofle

La liste des clients ne cesse d’augmenter. Pour l’ouverture du Ritz en 1898, Le Figaro «découvre dans les ateliers de MM. Christofle et Cie la splendide argenterie que M. Ritz leur a commandée pour le nouvel hôtel qui doit ouvrir prochainement».( Le Figaro du 27 mai 1898)

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La société devient le fournisseur attitré des grands hôtels, des compagnies maritimes et des trains. Une brève du Figaro nous signale en juillet 1927 que «L’entreprise Christofle vient de créer un modèle d’orfèvrerie pour le nouveau service des avions-restaurants». Cette grande marque française affirme ainsi sa supériorité par son emploi dans les modes de locomotion les plus modernes et les plus luxueux, sur terre, sur mer et dans l’air».

Une collaboration ininterrompue avec les artistes

«Candélabre flèche» de Gio Ponti pour Christofle en 1929. «Candélabre flèche» de Gio Ponti pour Christofle en 1929. CHRISTOFLE

Et surtout Christofle a toujours su s’adapter aux tendances de son époque. La société recourt aux plus grands artistes et designers tels que Cocteau, Man Ray, ou Gio Ponti. En 2005, l’orfèvre fait appel à Andrée Putman pour le développement de sa ligne de bijoux et plus récemment au designer néerlandais Marcel Wanders qui signe les motifs végétaux de la collection «Jardin d’Eden».

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Aujourd’hui, la Maison Christofle a invité l’icône de la mode Karl Lagerfeld à redessiner l’ensemble des couverts, ainsi que l’écrin baptisé le «Mood».

Cette prestigieuse maison continue d’innover et de révolutionner l’art de l’orfèvrerie.

*Pièce d’orfèvrerie au centre de la table qui réunit le plus souvent salières, boîtes à épices, huilier, vinaigrier, vases ou flambeaux.

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