X

X


La première exposition internationale d'automobiles s'ouvre aux Tuileries le 15 juin 1898

La première exposition internationale d'automobiles s'ouvre aux Tuileries le 15 juin 1898

LES ARCHIVES DU FIGARO – Il y a 120 ans, les voitures, qui envahissaient déjà les rues, faisaient l’objet d’une première exposition à Paris. Un journaliste du Figaro en arpente alors les allées pour décrire les modèles et l’ambiance: le véhicule électrique y est à l’honneur.

«Nous sommes heureux de constater dès aujourd’hui que l’opinion générale, unanime même, est que la voiture sans chevaux a désormais son siège fait, qu’elle n’est plus déplaisante, qu’elle est pratique. Que demandait-on de plus?» s’interroge Le Figaro au lendemain de l’ouverture de l’exposition internationale d’automobile.

Organisée par l’Automobile Club de France, l’exposition automobile s’installe au jardin des Tuileries, un emplacement merveilleux selon la presse de l’époque. Inaugurée officiellement le 15 juin 1898, la surface couverte représente environ six mille mètres et regroupe deux cent-vingt exposants répartis en plusieurs classes: «voitures, accessoires, moteurs, carrosserie, machines-outils, essences, omnibus et tracteurs». Pour agrémenter le tout, «bar, buffet, restaurant, orchestre sont disposés sous d’élégants vélums». L’installation est «véritablement coquette» ajoute Le Figaro.

Pour avoir le droit d’exposer, une règle stricte est stipulée: «Aucune voiture ne pourra figurer dans l’exposition si elle n’a préalablement effectué en présence d’un commissaire, le trajet de Paris Versailles et retour, à l’aide de ses propres moyens». Voilà tout le monde rassuré: les véhicules exposés auront bien tous fonctionné.

Peugeot, le «clou» de l’exposition

Ainsi les mois précédents, les Parisiens aperçoivent des convois de voitures partant de la Porte Maillot en direction de Versailles. Après une opération de «poinçonnage», chaque véhicule revient avec son diplôme d’admission.

Dès la première journée plus de 30 000 mille personnes scrutent les nombreux modèles présentés. Un «clou» certainement de l’exposition: les voitures Peugeot qui «ont fait depuis longtemps leurs preuves» affirme Le Figaro. Jusqu’au 3 juillet, le salon attire le tout-Paris et de nombreux visiteurs: c’est un véritable succès. L’exposition s’achève avec un énorme banquet à la Tour Eiffel, et le lendemain, un défilé fleuri, offert par Le Journal des Sports, conduit les voitures des Tuileries jusqu’à Longchamp.

En 1898 ce salon marque une nouvelle étape dans l’industrie française et prouve les immenses progrès accomplis en si peu de temps par la construction automobile. Une victoire remportée par «l’automobilisme». Ce rassemblement automobile est devenu, on le sait aujourd’hui, l’un des plus courus.
Petite excursion- un peu technique- à travers les stands de cette exposition pour découvrir l’ambiance et les modèles détaillés de cette grandiose manifestation. Avant les «voitures à pétrole», le journaliste du Figaro s’intéresse aux voitures électriques.


En partenariat avec RetroNews, le site de presse de la BnF

Article paru dans Le Figaro du 17 juin 1898

L’exposition des automobiles

Nous avons relaté hier, en quelques lignes, le succès qui a accueilli la journée d’inauguration de l’exposition d’automobiles aux Tuileries. La foule y est venue aussi élégante que nombreuse; mais tant d’invitations avaient été lancées. Il fallait voir la suite, ce que seraient les jours payants.

Le public est encore ignorant.

La curiosité ne s’est pas calmée, et plus nombreux qu’on aurait pu l’espérer ont été les visiteurs de la seconde journée, harcelant les exposants de questions très légitimes, car il est encore ignorant, le public. Nous allons, à notre tour, entreprendre de décrire à nos lecteurs ce qu’ils pourront voir à cette intéressante exposition, ou de leur rappeler ce qu’ils y ont admiré.

Commençons d’abord, par les fiacres électriques qui, après leur glorieux concours, sont tous exposés par leurs constructeurs et attirent l’attention générale.

À droite et à gauche, en entrant dans la première tente par la porte de Castiglione, se trouve le double stand Jeantaud. Six voitures électriques y figurent, les six du concours: un coupé trois-quarts à quatre places; un coupé à deux places, type fiacre; un landaulet se couvrant et se découvrant instantanément, voiture précieuse pour les climats incléments; un mylord; un droschky et enfin un cab. Cette dernière voiture a été le clou du concours par son originalité et la nouveauté de sa forme. C’est, en vérité, la seule voiture devant laquelle le cheval ne manque pas. Ajoutons que c’est elle qui a consommé le moins d’électricité pendant ses neuf jours d’expériences. Quant à la carrosserie, avons-nous à en faire l’éloge du moment qu’elle est signée Jeantaud?

La Compagnie générale des transports automobiles expose, à côté d’un dog-cart* fort élégant, son fiacre n°13 qui a eu entre autres, le grand mérite de parcourir 105 kilomètres sans avoir à recharger ses accumulateurs. C’est le plus gros chiffre obtenu. Pour se mettre exactement dans les lignes du programme imposé, la Compagnie a acheté d’occasion, à un loueur de la rue Marcadet, un ancien fiacre ayant déjà roulé de longs mois dans les rues de Paris et l’a transformé en automobile électrique. Ce véhicule résout, donc la question de la transformation immédiate du matériel roulant.

Les voitures Krieger peuvent à volonté se transformer en quelques minutes en coupé

Un peu plus loin, les trois voitures Krieger, qui, elles aussi, ont supporté victorieusement les épreuves du concours. Grâce à leur avant-train moteur et directeur, ces voitures peuvent à volonté se transformer, en quelques minutes, en coupé pouvant contenir quatre personnes ou en vis-à-vis de même capacité. La partie mécanique, les essieux, roues et châssis, ainsi que le siège du conducteur restent seuls inamovibles. Chacune des roues avant reçoit son mouvement d’un moteur distinct, monté sur le pivot même de la fusée et virant avec elle. Il résulte de cette disposition, qui supprime le différentiel, une très grande sécurité dans la marche et une économie considérable d’énergie. Quelques chiffres pour terminer: poids du véhicule, 1,300 kilos; poids des accumulateurs, 450 kilos; trajet parcouru, 100 kilomètres; voyageurs transportés en plus du conducteur, 4; dépense à fournir à la batterie, 10 kilowats; vitesses, 20 km à l’heure en palier, 6 km dans les rampes de 12 %. Voilà, certes, des chiffres éloquents et qui prouvent bien la grande supériorité des voitures Krieger.

Il convient de dire, maintenant, que toutes ces voitures étaient munies d’accumulateurs Fulmen qui paraissent être, à l’heure actuelle, les seuls accumulateurs possibles pour la traction sur routes.

Le magasin La Belle Jardinière propose toute une gamme de vêtements pour le chauffeur (vers 1904). Rue des Archives/©Rue des Archives/Collection Gre

Le poids d’accumulateurs porté par chaque voiture était compris entre 350 et 550 kilos; c’est-à-dire qu’il variait du tiers au quart du poids total de la voiture. Malgré cette proportion relativement peu élevée, l’énergie emmagasinée était suffisante pour faire accomplir aux voitures des parcours de 90, 100 et 105 kilomètres; ainsi qu’on l’a vérifié le dernier jour du concours dont l’itinéraire, comprenait pourtant les montées du Sacré-Cœur et de Montsouris et les horribles pavés du boulevard Sérurier.

La dépense de chaque voiture en électricité n’a pas dépassé une moyenne de 3 francs par jour. M. Brault, l’éminent directeur de la Société Fulmen, nous apprend, d’autre part, que le prix d’entretien des batteries ne dépassera pas 3 fr. 50 par jour. Voilà donc le problème des transports à bon marché résolu, en même temps que celui de la traction électrique. Nous reprendrons demain notre excursion à travers les stands et les voitures à pétrole de nos divers constructeurs.

Nous nous arrêterons cependant un moment, aujourd’hui, devant une exposition particulière où nous trouvons résolue aussi la question du vêtement pour les chauffeurs. Ceux-ci ont, en effet, à affronter toutes les intempéries, le froid et la chaleur, suivant les saisons, la pluie, le soleil, la poussière et la boue en tous temps. Il fallait trouver des étoffes et des tissus appropriés, des coupes spéciales laissant aux conducteurs et aux tricyclistes liberté entière dans leurs mouvements.

La Belle Jardinière nous montre tout cela, élégant, correct, original; hommes, femmes et enfants sont désormais habillés comme ils doivent l’être; le costume «rationnel» est trouvé. Elle expose aussi des livrées pour les grooms et des tenues pour les mécaniciens. Tout cela est bien approprié à l’emploi auquel on le destine; le stand de la Belle Jardinière est un véritable musée de cire dans lequel chacun pourra, choisir le modèle qui lui convient.

Par G. Bell.

* Le Dog-cart est un véhicule de petite taille, le plus souvent électrique transportant un seul conducteur.

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués avec *

Cancel reply

Les derniers arcticles