L'Espagne d'al-Andalus : à quoi tenait le rayonnement de la cour de Cordoue ?

L'Espagne d'al-Andalus : à quoi tenait le rayonnement de la cour de Cordoue ?

AL-ANDALUS 5/9 – Les jihads contre les royaumes chrétiens, l’exploitation des dhimmis et l’exportation d’esclaves constituaient des sources importantes de revenus pour la cour omeyyade de Cordoue.

L’essentiel de nos connaissances sur l’opulence matérielle de la cour omeyyade provient des chroniques musulmanes. Elles sont connues pour être partiales, au service de leurs souverains et de leur religion. A l’exception du grand savant tunisien Ibn Khaldoun, les musulmans n’ont pas pratiqué l’histoire de la même manière qu’un Thucydide. Mais si l’on en croit les chroniques, la somptuosité de la cour omeyyade aurait été celle de Louis XIV.

L’un des palais d’Abd al-Rahman III, bâti pour l’une de ses esclaves sexuelles préférées, comprenait 300 bains, 400 chevaux, 15 000 eunuques et domestiques, et un harem de 6 300 femmes, auxquels s’ajoutaient des dizaines d’intellectuels et d’animaux de compagnie humains (Abd al-Rahman III avait un nain célèbre, qu’Ibn Hazm – pas un historien de cour, mais un penseur intransigeant – décrit comme une petite chose méchante et dépravée).

Il faut y ajouter ses armées de mercenaires et de soldats-esclaves. Comme l’observe l’historien militaire David Nicolle, les dirigeants comptaient surtout sur les mercenaires berbères et les soldats-esclaves, blancs et noirs. Ibn Hayyan écrit qu’Abd al-Rahman Ier, le fondateur de la dynastie, gagna le pouvoir grâce à une grande armée composée de mercenaires berbères et d’esclaves noirs. Les dirigeants ne pouvaient pas faire confiance aux autres chefs arabes, les enrôlés andalous n’étaient pas des guerriers et, pour limiter leur mécontentement, les chefs évitaient de les utiliser comme chair à canon. Ajoutez à tout cela un luxe ostentatoire, et vous obtenez un pouvoir coûteux à entretenir.

Au vrai, les dhimmis représentaient une importante source de revenus et les jihads contre les royaumes chrétiens permettaient souvent d’amasser de gros butins et de ramener un grand nombre d’esclaves. Le géographe du Xe siècle Ibn Hawqal écrit que l’une des principales exportations de l’al-Andalus omeyyade était les esclaves et que la plupart des «eunuques blancs que l’on trouve sur la surface de la terre proviennent d’Espagne». Les esclaves blancs, particulièrement les femmes blondes et rousses, étaient, comme l’observe l’arabisante Celia del Moral, les plus convoités et par conséquent les plus chers.


Figaro

L’Espagne musulmane, d’al-Andalus à la Reconquista, 132 pages, 8,90€, disponible en kiosque et sur le Figaro Store.

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