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Quelle fut, dans les guerres de religion, la part du religieux et du politique?

Quelle fut, dans les guerres de religion, la part du religieux et du politique?

LE FIGARO HISTOIRE – Le nouveau numéro du Figaro Histoire explore les quatre décennies qui, de 1562 à 1598, virent la France se déchirer entre catholiques et protestants. Baptisées guerres de Religion, elles furent en réalité une série de huit guerres civiles, où les préoccupations religieuses se mêlèrent sans cesse aux arrière-pensées politiques.


Cet article est extrait du «Figaro Histoire», Dans l’engrenage des guerres de religion, 132 pages, 8,90 €, disponible en kiosque et sur le Figaro Store.


Dès le début des guerres de Religion, les contemporains s’interrogèrent à ce sujet. L’un des motifs qu’ils se renvoient pour délégitimer leurs engagements respectifs est celui du «manteau de religion». Les combattants huguenots sont accusés de vouloir transformer l’«Etat royal français» en une «respublique des Suisses», tandis que le prince de Condé est accusé de convoiter le trône. Contre les Guise, princes lorrains, les libelles huguenots répétèrent qu’ils sont des étrangers, dépourvus du «naturel français», mus seulement par la cupidité et l’ambition de s’emparer du pouvoir. Il est certain que les guerres dissimulent des conflits d’honneur entre lignages et une lutte intranobiliaire pour le contrôle de la faveur royale et des dons, pensions et charges qui en dépendent. Les engagements religieux peuvent donc avoir été les leviers de stratégies d’avancement socio-politiques. Il est possible aussi que certaines violences collectives aient eu pour motivation des haines de classe: ainsi durant la Saint-Barthélemy, quand les orfèvres ou les riches marchands huguenots furent tués par des crocheteurs catholiques qui en profitèrent pour piller les maisons.

Sur le plan politique, on a pu dire que certaines élites urbaines virent dans la Réforme le moyen de défendre et de régénérer les privilèges des villes et qu’elles s’opposèrent également dans le cadre de rivalités factionnelles anciennes. On a pu avancer que pour les grands seigneurs, la guerre de Religion aurait été un moyen de reconstruction d’une autonomie féodale (ainsi le duc de Mercœur en Bretagne durant les troubles de la Ligue). Pour les protestants d’avant 1580 puis pour les ligueurs, la critique du fonctionnement monarchique s’accompagna d’une déconstruction idéologique de l’absolutisme monarchique, au profit de l’idéal d’une monarchie mixte et d’une exigence de périodicité des états généraux disposant d’un pouvoir de contrôle des décisions. Dans les villes tenues par la Ligue, on put observer une réaction contre la mainmise des officiers royaux sur l’administration municipale.

Mais par-delà cette implication du politique dans les troubles, il faut voir que ce second XVIe siècle est parcouru par un intense besoin de sacré. Depuis les années 1470-1480, les esprits étaient en effet marqués par une angoisse de la fin des temps, que le calvinisme permettait de dissiper, dans la mesure où ses fidèles avaient la certitude d’être des élus chargés de ramener le royaume à l’ordre voulu par le Christ avant que la papauté ne le corrompe. A la multiplication des «Eglises dressées», dont le nombre dépasserait deux mille en 1562, correspond, du côté catholique, un militantisme qui entrevoit précocement la nécessité de la violence face à une désunion religieuse qui risque d’attirer sur le royaume la colère de Dieu. Dès la décennie 1540, prédicateurs et libellistes demandent publiquement l’éradication de ceux qu’ils nomment les «luthériens», mettant en garde un pouvoir qui n’anéantirait pas ceux qui sont accusés de profaner la gloire de Dieu.

La sacralisation du combat témoigne de cette urgence. Dès le premier semestre 1561, une vague de violences survient ainsi spontanément dans le Sud-Ouest: dans nombre de villes, des «religionnaires» désireux d’obtenir un lieu de culte occupent par la force des édifices cultuels. Souvent, ils ne s’arrêtent pas là: les images sont brisées, les ornements ecclésiastiques pillés ; puis les iconoclastes partent en troupes proclamer la Loi de Dieu dans les paroisses voisines. Tout laisse entrevoir que, pour les protestants, le règne de la Vérité ne peut pas attendre face aux idolâtries. La violence se veut illumination, qui doit permettre à chacun de comprendre que les temps de l’Evangile restitué aux hommes sont venus et que rien ne peut entraver le rétablissement de la vraie religion.

Du côté des catholiques, la mobilisation les assurait d’obtenir leur salut par l’accomplissement d’un rêve de croisade qui faisait d’eux le bras armé de Dieu. Précoces et nombreuses, les séditions meurtrières éclatent dans des situations précises, quand des huguenots sont découverts chantant des psaumes dans une maison, quand l’un d’eux se précipite au passage d’une procession sur le «Dieu de pâte», l’hostie, et cherche à le jeter à terre, quand une image est découverte souillée ou quand jaillit une parole blasphématoire. La violence est sacrée parce qu’elle répond à ce qui est jugé une désacralisation. Elle est gloire parce qu’elle unit le croyant à Dieu.


Le Figaro HIstoire

De 1562 à 1598, huit guerres de Religion opposèrent les partisans de la Réforme protestante aux défenseurs de la foi catholique traditionnelle. Avec l’aide des meilleurs spécialistes, Le Figaro Histoire décrypte les rouages de ces guerres civiles qui déchirèrent la France des Valois. Quelle fut la part de l’incandescence religieuse et celle des arrière-pensées politiques? Qui ordonna réellement le massacre de la Saint-Barthélemy? Comment la violence s’empara- t-elle de chaque camp? Comment l’Edit de Nantes parvint-il à pacifier le royaume? De Catherine de Médicis à Henri IV, du duc de Guise à Henri III, ce dossier exceptionnel fait la lumière sur une époque trouble mais fascinante.

Dans l’engrenage des guerres de religion, 132 pages, 8,90 €, disponible en kiosque et sur le Figaro Store.


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