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Qu'est devenue la question protestante après l'édit de Nantes?

Qu'est devenue la question protestante après l'édit de Nantes?

LE FIGARO HISTOIRE – Le nouveau numéro du Figaro Histoire explore les quatre décennies qui, de 1562 à 1598, virent la France se déchirer entre catholiques et protestants. Baptisées guerres de Religion, elles furent en réalité une série de huit guerres civiles, où les préoccupations religieuses se mêlèrent sans cesse aux arrière-pensées politiques.


Cet article est extrait du «Figaro Histoire», Dans l’engrenage des guerres de religion, 132 pages, 8,90 €, disponible en kiosque et sur le Figaro Store.


On estime qu’il restait en 1598, un peu plus d’un million de calvinistes, dont environ 80 % sont installés au sud de la Loire (Poitou, Saintonge, Guyenne, Cévennes, Béarn, Quercy, Vivarais, Dauphiné…). Dans ce cadre, le royaume est divisé en seize provinces synodales, subdivisées en colloques. La société protestante méridionale n’est pas unie: dans les villes, le contraste semble marqué entre une bourgeoisie d’officiers ou de marchands soucieux de bonne entente avec les catholiques, et les artisans du cuir ou du textile, beaucoup moins iréniques. C’est le temple qui réunit autour du ministre, le dimanche pour le culte ou en semaine pour des prières, ces mondes sociaux divers. Etre protestant, c’est continuer à se différencier des catholiques: l’ouverture d’une petite école cherche à renforcer cette spécificité et des ouvrages pédagogiques sont publiés, comme l’A.B.C. des chrétiens, qui visent à parfaire l’instruction des fidèles. Malgré cette «normalisation», c’est le temps d’une déception, qui peut se traduire ponctuellement par des attitudes de défi aux prêtres et par quelques violences, mais aussi par des controverses publiques touchant au dogme et par des duels à distance à travers des publications, qui opposent aux erreurs romaines la Vérité évangélique.

C’est en fonction de cette tension que se comprennent les guerres qui éclatent sous Louis XIII. Leur enjeu tient aux assemblées protestantes qui, avec les places fortifiées accordées par l’édit de Nantes, pouvaient apparaître comme des pôles d’autonomie face au pouvoir royal. Le point de crise est atteint en 1621 après l’annexion du Béarn, contre laquelle l’assemblée politique réformée de La Rochelle proteste, d’autant que le culte catholique s’y trouve rétabli. Henri II de Rohan organise alors la résistance armée, tout en se proclamant fidèle au roi et en demandant le maintien des libertés des Eglises. Une première campagne militaire, après des succès en Poitou et Saintonge et un premier siège de La Rochelle, conduit l’armée royale à mettre le siège devant Montpellier. La paix qui suit accorde l’amnistie aux révoltés, mais exige le renoncement à un certain nombre de places de sûreté et la dissolution de l’assemblée de La Rochelle. Les hostilités reprennent entre 1625 et 1626, surtout autour de La Rochelle et de l’île de Ré. Une seconde paix accorde aux protestants le maintien des privilèges concédés par l’édit de Nantes, tout en exigeant qu’un commissaire soit installé à La Rochelle afin de surveiller la municipalité. La troisième guerre (1627-1629) est décisive: elle voit les protestants bénéficier de l’appui naval anglais par un débarquement dans l’île de Ré, puis La Rochelle subir un siège éprouvant, dirigé par Richelieu lui-même, avant de capituler le 28 octobre 1628. Simultanément, Henri de Rohan organise la lutte en Languedoc.

Ces conflits se soldent par la paix d’Alès (27-28 juin 1629) et l’édit de Nîmes, qui retirent aux réformés leurs privilèges politiques, le droit de tenir des assemblées politiques et de posséder des places de sûreté, dans l’idée de susciter un phénomène de retour à la religion catholique et donc de rétractation. Certains grands nobles subissent en outre la pression monarchique, comme Lesdiguières, qui se convertit en 1622. Charges de cour et honneurs militaires tendent dès lors à ne plus être accordés à des gentilshommes huguenots. Richelieu et Louis XIII ont en réalité mis en marche une mécanique qui aboutira, en 1685, au grand drame de la révocation de l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau.


Le Figaro HIstoire

De 1562 à 1598, huit guerres de Religion opposèrent les partisans de la Réforme protestante aux défenseurs de la foi catholique traditionnelle. Avec l’aide des meilleurs spécialistes, Le Figaro Histoire décrypte les rouages de ces guerres civiles qui déchirèrent la France des Valois. Quelle fut la part de l’incandescence religieuse et celle des arrière-pensées politiques? Qui ordonna réellement le massacre de la Saint-Barthélemy? Comment la violence s’empara- t-elle de chaque camp? Comment l’Edit de Nantes parvint-il à pacifier le royaume? De Catherine de Médicis à Henri IV, du duc de Guise à Henri III, ce dossier exceptionnel fait la lumière sur une époque trouble mais fascinante.

Dans l’engrenage des guerres de religion, 132 pages, 8,90 €, disponible en kiosque et sur le Figaro Store.


Professeur d’histoire moderne à la faculté des Lettres de Sorbonne Université, Denis Crouzet est spécialiste du XVIe siècle et des guerres de Religion.

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