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Wilkens Gilbert, un modèle à suivre

Wilkens Gilbert, un modèle à suivre

Il est l’un des ces jeunes audacieux qui opèrent dans l’ombre, sortent de terre des initiatives intelligentes susceptibles de servir leurs communautés. Ils ne sont pas nombreux tant l’envie de déserter Haïti est devenue envahissante, voire contagieuse, depuis quelques temps. Wilkens Gilbert, benjamin d’une fratrie de huit enfants, est fondateur d’un centre médico-chirurgical à Delmas 60. Dans ce quartier, le jeune chirurgien, formé à l’université Lumière, ne s’est pas cassé la tête pour déceler le besoin, l’opportunité et enfin y planter ce projet, l’un parmi d’autres qui l’animent.

Le jeune homme a toujours voulu entreprendre et monter une entreprise philanthropique qui ne dépasse pas le cadre de sa profession. Le Centre médico-chirurgical du quartier (CMCQ), créé depuis quatre ans, dessert plus de 1300 patients par mois avec, à la baguette, une équipe de six médecins et cinq infirmières, entre autres. Dans un souci de déplacer les soins de santé vers d’autres populations de la région métropolitaine, le centre de santé dispose d’une équipe-mobile patrouillant des quartiers de Croix-des-Bouquets et de Pétion-Ville tous les jours.

Rien n’a pourtant été facile pour Wilkens Gilbert. Dire qu’il est un battant est un euphémisme. Wilkens Gilbert, détenteur d’un diplôme en Management des services de Santé grâce à un au partenariat entre l’université de Montréal et la FMP, a dû se battre pour être médecin, concilier petits boulots et études pour pouvoir joindre les deux bouts et construire son destin. Sur les rives de son parcours, lui, dont l’enfance n’était guère aisée, a même été policier pendant des années. Mais cela ne l’a pas contourné de son objectif : devenir médecin et servir le plus grand nombre.

Passé dans les rangs de la PNH, dont il a été l’un des lauréats de la 10ème promotion en mai 1999, Wilkens Gilbert, qui a séché en contrepartie une année de scolarité au lycée national de Pétion-Ville, n’a jamais perdu de vue le fil de ses ambitions. Il fut policier très jeune. Un an après, il a réussi son bac. Et commença alors le combat de toute une vie, de sa vie : être à la fois policier et étudiant. Celui qui a toujours été charmé sa grande sœur, infirmière, qui ne se faisait pas prier pour aider les voisins quand ils tombèrent malades devait faire un choix, peu de temps après, la conciliation s’avérant impossible.

Il a dû soumettre sa démission à la police pour se consacrer entièrement à ses études de médecine la Faculté de Médecine et des Sciences de la Santé de l’Université Lumière. « Cela n’a pas été facile car se retrouver un beau matin sous la dépendance économique totale des parents après une certaine autonomie a été difficile », affirme aujourd’hui Wikens Gilbert, sans une once de regret. Avec le support financier d’un mécène étranger américain, le Dr Tom Gorin, il est parvenu à terminer le cycle d’études.

Le jeune médecin, qui souligne que « faire marcher correctement un hôpital relève de la discipline managériale et non médicale et que trop souvent nos hôpitaux sont dirigés par des médecins non managers », a fait ses armes à l’hôpital Justinien du Cap-Haïtien, a roulé sa bosse pour bien d’autres institutions de la place, bien avant de créer son centre de santé en 2014. « La santé est un droit fondamental qui est bafoué en Haïti. Le CMCQ a été lancé afin d’aider à remédier à cette situation », explique Gilbert, rappelant son centre de santé bénéficie depuis sa création d’un support de « Medical Aid To Haiti » (MATH) qui leur permet de couvrir certaines dépenses.

Wilkens Gilbert, qui a déjà fait l’acquisition d’un terrain à Bellevue La Montagne (4e section communale de Pétion-Ville) pour la construction d’un hôpital de niveau 2, a les yeux grands ouverts sur l’avenir. Il aimerait voir un pays où l’accès aux soins de santé ne serait plus un luxe. Il encourage d’autres jeunes à entreprendre des initiatives similaires. Chirurgien ayant complété sa formation à  Brooklyn Hospital Center grâce à l’AMHE, il est inspiré, entre autres, par le Dr Emile Damas, le Dr Rodolphe Barella et Jean B. Gracia Coq.

« Je me suis lancé à fond, corps et âme dans ce projet car je suis convaincu que des choses positives sont encore possibles aux jeunes combattants de ce pays. Il nous faut renverser la vapeur et planifier un meilleur avenir aux générations futures», soutient Wilkens Gilbert, l’air déterminé, fils de paysans. Gilbert, lui, contrairement à d’autres, refuse de partir vers d’autres cieux plus cléments, malgré les offres. Il veut avancer, percer toutes les limites imaginables et reste ouvert à tout partenariat.

Site du centre de santé : www.cmcqhaiti.com

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6 Comments

  • Sergent JTexier Woody
    12 mai 2018, 18:48

    No djol to talk… Sergent Wilkens, Que Dieu continue à te bénir, les infirmières, les quatre autres médecins ainsi que toutes les autres personnes qualifiées qui, dans une certaine mesure fusionnent leur compétence avec la tienne pour que ton rêve soit accompli !
    Continue donc avec intégrité, le savoir-faire, l’éthique, la charité et compassion à desservir ton pays!

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  • GURTNER
    13 mai 2018, 00:24

    J ai eu la chance de vivre de près ce parcours décrit et confirmer que de notre génération des autodidactes brillants et dévoués comme toi ne courent pas les rues. Ton ambition et ton rejet des ondes négatives pour percer sont des exemples à suivre 🙏🙏tu iras encore très loin mais ceux qui te respectent et t admirent ne seront jamais trop loin . Que les préceptes de Dieu continuent à être ton boussole et ton bouclier .

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    • Wilkens@GURTNER
      14 mai 2018, 08:57

      Ces mots me frissonnent et je ne peux que te dire MERCI! La route est longue et difficile mais ces mots à mon égard viennent revivifier mon énergie pour aller de l’avant. Encore MERCI!

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  • Kissinger Hyppolite Fils
    13 mai 2018, 00:37

    Cher frere, confrere, et ami. Des ton arrive au service de la chirurgie, on n’avait absoluement le moindre doute que tu etais une etoile naissante dans l’univers chirurgical haitien et que dans un avenir pas trop lointain tu allais briller de tes mille feux. Et on avait pas tort. Tu apprenais avec beaucoup d’humilite et assiduite les trois etapes de l’apprentissage de la chirurgie: "voir faire, faire avec, faire seul". Cet art qu’est la chirurgie, dit-on, c’est la science du savoir et du savoir-faire. J’ai l’absolue certitude que tu en possedes les deux et que tu vas user sans abuser. Puisse le SEIGNEUR t’accompagner tout au long de ta vie, puisse-t-il te benir abondamment!

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    • Merci grand frère! Toi, pionnier, tu as su laisser tes empreintes de discipline et de rigueur académique et je n’ai fait que suivre tes traces.

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