Blindés brûlés, missions échouées : la PNH forme-t-elle ses conducteurs ?

Blindés brûlés, missions échouées : la PNH forme-t-elle ses conducteurs ?

Trop de blindés de la Police Nationale d’Haïti (PNH) sont brûlés, abandonnés ou neutralisés, parfois dès les premières minutes d’une opération. Ce constat alarmant nous pousse à une question trop souvent évitée : les policiers qui conduisent ces engins sont-ils véritablement formés pour le faire ?

Conduire un blindé, ce n’est pas comme prendre le volant d’une voiture banale. Aux États-Unis, il faut d’abord obtenir un permis CDL (Commercial Driver’s License), suivi d’une formation spécifique pour opérer un blindé dans un contexte militaire. En France, il faut un permis poids lourd, avant de passer un mois de formation intensive sur le terrain. Pourquoi autant d’étapes ? Parce qu’un blindé, c’est un véhicule de guerre : lourd, lent, vulnérable aux pièges et difficile à manœuvrer dans des zones urbaines complexes.

En Haïti, nous voyons des véhicules qui restent coincés dans des ruelles étroites, pris au piège dans des embuscades, ou tout simplement abandonnés par manque de maîtrise technique ou tactique. Et cela soulève une inquiétude : y a-t-il une réelle préparation avant chaque mission ? Qui forme les conducteurs ? Qui évalue leur capacité à manœuvrer dans un environnement urbain miné, truffé de barrages, de snipers et d’imprévus ?

L’État dépense des millions pour acquérir ces engins, souvent avec l’aide de partenaires internationaux. Mais que valent ces investissements si les policiers à qui l’on confie le volant ne sont ni formés ni encadrés ? Un blindé abandonné ou incendié devient une victoire médiatique pour les gangs, et un coup dur pour la crédibilité de la PNH.

La conduite d’un blindé exige plus qu’une clé et un uniforme. Elle exige un entraînement sérieux, des simulations, une coordination tactique et une préparation mentale. Sans cela, les opérations sont vouées à l’échec, et les policiers — comme les citoyens — continuent de payer le prix de l’improvisation.

Il est temps que la PNH, ses dirigeants et ses partenaires revoient la chaîne complète de formation, de sélection et de préparation de ceux à qui l’on confie ces véhicules. Sinon, le blindé, censé être un symbole de puissance et de sécurité, restera une cible facile… ou pire, un tombeau mobile.