La députée haïtiano-américaine Sheila Cherfilus-McCormick, déjà poursuivie au pénal pour 27 chefs d’accusation fédéraux liés au détournement présumé d’environ 5 millions de dollars de fonds destinés à l’aide COVID, fait désormais face à une nouvelle affaire de corruption. Un rapport du Comité d’éthique de la Chambre des représentants, révélé par le Miami Herald, accuse son entourage et des membres de sa famille d’avoir sollicité et acheminé plus de 800 000 dollars provenant de la compagnie pétrolière PetroGaz-Haïti SA afin de financer secrètement sa campagne de réélection de 2022.
Selon le rapport, PetroGaz-Haïti aurait versé 810 000 dollars à une organisation politique nouvellement créée et exonérée d’impôt, Progressive People Inc. Cette structure était présidée par Michael Joseph, maire de North Miami Beach, tandis que Corlie McCormick, époux de la députée, en était le vice-président.
D’après le Comité d’éthique, ces fonds représentaient 89 % des revenus de l’organisation en 2022, seule année où celle-ci a déclaré plus de 5 000 dollars de recettes.
Le rapport affirme que 725 000 dollars ont ensuite été transférés vers une société écran aujourd’hui dissoute, Truth & Justice Inc., qui aurait financé des dépenses non déclarées au profit de la campagne de la députée. Environ 144 000 dollars supplémentaires auraient également transité par des comptes bancaires liés à la députée et à son frère.
Parmi les dépenses évoquées figure un paiement de 40 000 dollars versé par PetroGaz-Haïti au PAC Haitian American Votes pour la cérémonie d’investiture de janvier 2023.
Les enquêteurs indiquent que PetroGaz-Haïti ne disposait, à l’époque, que d’une seule source de revenus : 12,5 millions de dollars provenant du ministère haïtien de l’Économie et des Finances.
Aux États-Unis, la société est enregistrée en Floride au nom de Frédéric Elusma. Son site web est aujourd’hui inactif, bien que l’entreprise soit toujours enregistrée comme active.
Selon le rapport, les liens entre la députée et PetroGaz-Haïti auraient débuté fin avril 2022, après une rencontre organisée par le maire Michael Joseph entre Mme Cherfilus-McCormick et le propriétaire de la compagnie.
Le document d’éthique, fondé sur plus de deux douzaines d’entretiens et l’examen de 33 000 documents, retrace les flux financiers jusqu’à leur origine présumée : des fonds publics haïtiens.
Sheila Cherfilus-McCormick rejette catégoriquement ces accusations. Selon le Miami Herald, elle affirme que le rapport est « mal interprété et déformé » et dénonce une instrumentalisation politique. « Il ne s’agit pas de transparence, mais d’une question de chiffres et d’une lutte pour le siège. Les Républicains instrumentalisent la procédure d’éthique pour s’emparer du siège.»
La députée n’a pas indiqué son intention de démissionner et doit comparaître devant une commission d’éthique publique le mois prochain. Elle soutient que « toute la vérité éclatera » et qu’elle n’a « rien fait de mal ».


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