Martine Moïse a livré, le mardi 10 mars 2026, un témoignage particulièrement émouvant devant un tribunal fédéral en Floride, dans le cadre du procès lié à l’assassinat du président Jovenel Moïse. Le procès s’est ouvert le lundi 9 mars, devant la cour fédérale.
« Je suis la Première Dame d’Haïti. Veuillez m’excuser… J’attends ce moment depuis si longtemps. Cela fait plus de quatre ans. Veuillez m’excuser si je pleure », a déclaré Martine Moïse, s’exprimant par l’intermédiaire d’un interprète créole, rapporte le Miami Herald.
Lors de son témoignage, la veuve du président a relaté les événements tragiques survenus dans la nuit du 7 juillet 2021, lorsque leur résidence a été attaquée par un commando armé.
Martine Moïse a expliqué qu’elle était descendue à quatre pattes pour vérifier si leurs enfants allaient bien après avoir entendu des coups de feu. Elle a indiqué avoir trouvé leur fils et leur fille dans la chambre du garçon. Elle leur a alors demandé de se cacher, avec l’un des chiens de la famille, dans une salle de bains sans fenêtre située au rez-de-chaussée, afin d’assurer leur sécurité.
Âgée de 51 ans, Martine Moïse a raconté que son mari, âgé de 53 ans au moment des faits, et elle avaient été réveillés par des tirs nourris à l’extérieur de leur résidence, située au sommet d’une colline, peu après 1 heure du matin.
« J’étais terrifiée. J’étais sous le choc, tant les coups de feu étaient nombreux », a-t-elle déclaré. « Je l’ai regardé dans les yeux et j’ai vu les mêmes sentiments. » Elle a ajouté que son mari lui aurait dit : « Chérie, nous sommes morts. »
Martine a ensuite expliqué qu’elle était remontée en rampant jusqu’à la chambre parentale, où elle a trouvé son mari allongé près du lit. Celui-ci lui aurait demandé de se mettre à l’abri de l’autre côté du lit pour éviter les balles perdues. Incapable de se glisser complètement sous le sommier, elle a expliqué avoir placé sa tête et ses épaules sous une partie du lit.
Martine Moïse a également déclaré avoir demandé à son mari s’il avait contacté les responsables chargés de la sécurité présidentielle. Selon elle, Jovenel Moïse aurait tenté de joindre Dimitri Hérard, chef de la sécurité présidentielle, Jean Laguel Civil, haut responsable de la sécurité, ainsi que Léon Charles, alors directeur général de la Police nationale d’Haïti.
À ce moment particulièrement dramatique, l’audience a été suspendue plus tôt que prévu mardi, le jury de douze personnes ayant ajourné ses travaux.
Martine Moïse doit reprendre son témoignage ce mercredi. Elle devrait notamment revenir sur les circonstances dans lesquelles une équipe d’anciens soldats colombiens, engagés par une société de sécurité basée à Doral, aurait abattu son mari et l’aurait blessée au bras et à la cuisse.
Le procès concerne quatre hommes accusés d’avoir participé au complot ayant conduit à l’assassinat du chef d’État haïtien.
Les accusés sont Arcángel Pretel Ortiz, 53 ans, ancien informateur du FBI, de nationalité colombienne et résident permanent aux États-Unis ; Antonio Intriago, 62 ans, Vénézuélien-Américain et propriétaire d’une société de sécurité basée à Doral ; James Solages, 40 ans, Haïtien-Américain ayant travaillé pour l’entreprise d’Intriago ; et Walter Veintemilla, 57 ans, Équatorien-Américain accusé d’avoir contribué au financement du complot.
Selon le procureur fédéral Sean McLaughlin, les accusés auraient conspiré avec plusieurs autres personnes afin de planifier, financer et exécuter l’enlèvement et l’assassinat du président lors de réunions organisées en Floride et en Haïti.
L’objectif du complot aurait été de renverser Jovenel Moïse et de le remplacer par un candidat politique susceptible d’accorder par la suite des contrats gouvernementaux à la société de sécurité d’Antonio Intriago.
« Il a été brutalement abattu à bout portant par une équipe de mercenaires colombiens », a déclaré le procureur devant le jury, affirmant que les accusés étaient motivés par «l’avidité, l’arrogance et la soif de pouvoir ».
Cependant, les avocats de la défense contestent cette version des faits. Ils soutiennent notamment que Joseph Félix Badio, ancien fonctionnaire du gouvernement haïtien, ainsi que certains officiers de la police nationale, seraient les véritables responsables de l’attaque.
Selon eux, le président Moïse était déjà mort lorsque les mercenaires colombiens sont arrivés sur les lieux.
« Lorsque les Colombiens sont arrivés, il s’agissait d’une arrestation légitime », a affirmé l’avocat d’Antonio Intriago, Emmanuel Perez.
L’affaire jugée à Miami implique au total 11 accusés. Plus de la moitié d’entre eux ont déjà reconnu leur implication dans le complot.
Cinq accusés ont plaidé coupable au chef principal de complot en vue d’assassiner le président haïtien et ont été condamnés à la prison à vie. Un sixième a plaidé coupable d’une infraction moindre liée à la fourniture clandestine d’équipements de protection aux mercenaires.
La plupart d’entre eux devraient être appelés à témoigner pour l’accusation au cours du procès, qui devrait durer environ deux mois.


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