Haïti-Politique : Le Parlement caduc, mais qui sera le nouveau Premier ministre légitime ?

Haïti-Politique : Le Parlement caduc, mais qui sera le nouveau Premier ministre légitime ?

Depuis environ 18 mois, la République d’Haïti fait face à une situation d’instabilité politique aiguë. En dépit du Parlement qui est pratiquement dysfonctionnel depuis ce 13 janvier, car il annonce la fin des mandats des députés et de deux tiers du Sénat, il faut aussi souligner que depuis le 18 mars 2019, suite à la censure de Jean-Henry Céant par la Chambre basse, le Pouvoir Exécutif haïtien n’a jamais été doté d’un Premier ministre légitime. Aujourd’hui, face à cette phase fragile pour l’Administration de Jovenel Moïse, plus d’un se demande : 

Qui sera le nouveau Premier ministre légitime de la République d’Haïti ?

 

Pour aboutir à la résolution de cette interrogation énigmatique, il nous conviendrait de faire une analyse chronologique de la situation afin de mieux cerner la mauvaise foi de certains grands acteurs politiques du pays.

 

De la démission de Jean-Henry Céant le 21 mars 2019 à date, les initiatives et les manœuvres de l’Exécutif pour doter le pays d’un nouveau Premier ministre se sont multipliées, pourtant le pays est encore sous l’égide d’un gouvernement démissionnaire.

Il s’avère que le 21 mars 2019, le jour même de la démission de Jean-Henry Céant, Jean Michel Lapin, alors ministre de la communication, a été désigné à titre de Premier ministre a.i pour liquider les affaires courantes.

Le 9 avril 2019, le Président de la République a procédé à la nomination de Jean Michel Lapin comme nouveau Premier ministre. Malheureusement, le 9 mai 2019, après un mois de dilatoire, la première séance de ratification de Jean Michel Lapin a été renvoyée au Sénat de la République pour retard dans le dépôt des pièces. Et le 12 mai 2019 une deuxième séance de ratification a été encore renvoyée au Sénat suite aux perturbations causées par les 4 sénateurs se réclamant de l’opposition (Youri Latortue, Evalière Beauplan, Nenel Cassy, Antonio Cheramy, dit Don Kato).

Le 30 mai 2019, une troisième séance de ratification de Jean Michel Lapin a été à nouveau avortée au Sénat, ce qui a poussé ce dernier à remettre sa démission le 22 juillet 2019.

Rappelons que le mois de juin a été aussi marqué par des turbulences et des agitations qui, suite à diverses négociations ont porté le Président de la République, le 22 juillet 2019, à la nomination de Fritz William Michel comme nouveau Premier ministre.

Barbancourt

le rhum des connaisseurs

Ayant constaté que le nœud du problème se trouvait au Sénat, cette fois-ci, l’Exécutif a décidé de débuter le processus de ratification de la déclaration de politique générale du Premier ministre à la Chambre basse. Et c’est ainsi que le 3 septembre 2019, la politique générale de Fritz William Michel a été ratifiée par la Chambre des députés avec une majorité écrasante.

Alors que l’Exécutif se croyait en route vers une victoire, tristement, le pire allait venir car depuis le 6 septembre 2019, l’opposition s’est lancée dans un vaste mouvement de mobilisation dénommé « Dernière ligne droite », réclamant le départ du Président Jovenel Moïse.

Ainsi, le 11 septembre 2019 la séance de ratification de la politique générale de Fritz William Michel allait être avortée au Sénat encore une fois à cause des turbulences des sénateurs de l’opposition qui ont même répandu des matières fécales dans les locaux du Parlement de la République.

Le 23 septembre 2019, une fois de plus, des turbulences perpétrées par des sénateurs de l’opposition ont perturbé la tenue de la nouvelle séance de ratification de Fritz William Michel au Sénat.

 

Et depuis, voilà où nous en sommes :

1- Le Parlement bicaméral, reconnu par la Constitution haïtienne en vigueur, est dysfonctionnel parce le mandat des députés et celui de 20 Sénateurs, parmi lesquels ceux de l’opposition, touchent à leur fin. Il ne reste aujourd’hui que 10 élus au Parlement de la République ;

2- Cela fait environ 9 mois depuis que le pays n’est pas gouverné, car dans les ministères, ministres démissionnaires et ministres nommés se mélangent au point de ne pas savoir à qui se référer.

 

Au fait, Jovenel Moïse doit se rappeler qu’en dépit des grands efforts qu’il illustre ces jours-ci à travers certaines initiatives prises par l’État, le pays ne peut pas continuer à fonctionner sans un gouvernement légal et légitime. Et je pense que c’est sa priorité en ce moment !

En revanche, il faut aussi souligner que si le problème de gouvernement tarde à être résolu, il n’en est pas de même pour la liste des prétendants à la fonction de Premier ministre, surtout dans un contexte où certains d’entre eux, comme le cas du Sénateur Lambert qui, lui n’avait pas caché son intérêt pour le poste.

D’autre part, il faut se demander, qu’en est-il de Fritz William Michel qui avait reçu la bénédiction de la Chambre des Députés, ou encore, qu’adviendra-t-il de Jean Michel Lapin qui a été nommé ad intérim, puis nommé définitivement à la fonction pour ensuite démissionné, jusqu’à être aujourd’hui Premier ministre en dehors des normes constitutionnelles.

Toutefois, parmi les multiples défis auxquels Jovenel Moïse doit faire face, il lui incombe aussi le devoir de retirer le pays dans ce marasme d’inconstitutionalité dans lequel il patauge depuis plusieurs mois.

 

 

Stevens Grégor Gabriel, dit L’Archange

 

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