Les $ 1.50 sur les transferts d’argent, un modèle de financement innovant à fort potentiel pour l’éducation en Haïti

Les $ 1.50 sur les transferts d’argent, un modèle de financement innovant à fort potentiel pour l’éducation en Haïti

En 2011, l’ancien Président Michel Martelly avait mis sur pied un système de prélèvement sur les transferts d’argent pour financer l’éducation gratuite pour tous qu’il avait tant prônée. À cet effet, à la suite de la circulaire #98 émise par la Banque de la République d’Haïti (BRH), en date du 20 mai 2011, des frais de 1.50 dollars américains étaient donc prélevés sur tous les transferts d’argent internationaux, entrant ou sortant du pays.

 

Ce prélèvement était décrit dans la circulaire comme des frais de test, de certification, d’utilisation et d’inspection. Cette décision, entrée en vigueur en juin 2011 avait été tirée à boulet rouges par plus d’un. Dix ans plus tard, les résultats ont fait couler beaucoup d’encre, les commentaires négatifs sortent de partout et des citoyens de la diaspora ont même intenté un procès. Mais si l’on regarde avec un peu de recul, cette initiative lancée par le Président Martelly était sans aucun doute un mécanisme de financement innovant apte à booster l’éducation en Haïti.

 

Les financements innovants comprennent tout un éventail d’initiatives et de mécanismes destinés à mobiliser des fonds en faveur du développement. Ce sont des nouvelles sources de financement complémentaires à l’aide budgétaire de l’État. Ils s’appuient sur divers mécanismes comme les partenariats public-privés ainsi que des taxes sur des transactions. Quant à ces dernières, Haïti n’est pas le seul pays à les avoir essayées, des pays comme la Côte-d’Ivoire ou même la France ont eu recours à des modèles de taxe sur les transactions financières.

 

Malheureusement dans le cas d’Haïti, l’éducation n’a pas pu bénéficier à 100% de cette grande initiative malgré la création du Fonds National d’Éducation (FNE) qui avait pour but de collecter les fonds en provenance des prélèvements sur les transferts. Ce manque à gagner est dû notamment à la corruption qui règne dans le système et qui n’est plus un secret pour personne. En effet pour profiter à fond de ces fonds, nombreux d’huiles et parlementaires influents du pays ont mis sur pied des écoles fictives au détriment des enfants qui en avaient réellement besoin.

 

Néanmoins en 2018, la BRH avait rendu public un rapport qui informe que plus de 120 millions de dollars (120 130 745. 50) ont été collectés depuis juillet 2011 sur les transferts en provenance de la diaspora. De ce montant, plus de 117 millions ont été versés sur le compte du Trésor Public. Quant au compte du FNE à la BRH, il affichait un solde restant d’un peu plus de 2 millions de dollars (2 370 151,50), et plus d’un million d’enfants du pays ont retrouvé le chemin de l’école grâce à cet argent.

 

Avec environ 20 milliards de dollars américains transférés vers Haïti au cours de la dernière décennie, les prélèvements issus de cette somme auraient dû permettre à l’éducation de faire un bond en avant. Au final on peut en déduire que ce mécanisme de financement était louable même si d’autres acteurs ont perverti ce que les initiateurs ont pris le soin de mettre sur pied en piochant dans ces fonds au détriment d’un système éducatif toujours à la ramasse alors qu’il y avait un réel potentiel économique qui pouvait rehausser l’éducation haïtienne et le pays tout entier sur la voie du développement.

 

 

Rijkaard Medii

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