Une doctorante en Histoire fait une leçon d’éthique à Dangelo Néar

Une doctorante en Histoire fait une leçon d’éthique à Dangelo Néar

Lettre ouverte à Monsieur Dangelo Néard
Directeur général de la Bibliothèque nationale d’Haïti

Monsieur Néard,
je dois avouer que quand j’ai vu votre nom comme directeur général de la Bibliothèque nationale d’Haïti (BNH), j’étais surprise, sachant que vous n’avez aucun parcours dans l’administration publique, aucune expérience dans la gestion ou dans l’organisation d’une bibliothèque, même de proximité, aucun diplôme en bibliothéconomie ni en documentation. Je pourrais ajouter votre jeune âge, mais je sais que les émergences précoces existent. Malgré toutes ces parts manquantes, voici que vous devenez le gardien du patrimoine intellectuel et littéraire haïtien, si important, si riche.

Quelques minutes après ma surprise, je me suis mise à sourire en pensant que vous êtes fougueux, amoureux des livres, et que vous pouvez vous accompagner de certaines compétences du secteur culturel que vous connaissez assez bien, pour faire la différence.
Mais, très tôt, vous décevez. Vous prouvez que vous ne comprenez pas la dimension de votre fonction supérieure en restant animateur à Radio France internationale. Le président de la République de votre pays vous fait l’honneur de vous placer à l’un des plus hauts sommets de l’Etat haïtien en vous nommant directeur général de la Bibliothèque nationale par arrêté, avec tous les privilèges qui s’y attachent. Vous, vous le déshonorez en gardant votre poste d’animateur à RFI. Donc, votre pays vous érige en grand dignitaire roulant en voiture officielle. Vous, vous vous confinez en subalterne dans une institution étrangère.
Quelle tristesse!
Vous vous rabaissez, vous faites honte à votre pays. Et vous rêvez de devenir ministre de la culture et même président de la République ? Les dirigeants de RFI, que doivent-ils penser de vous? Vous imaginez votre homologue, le directeur général de la Bibliothèque nationale de France (BnF), animateur dans une radio haïtienne, ou dans n’importe quelle radio? C’est inimaginable. On pourrait poser une autre question relevant d’un autre pan de l’éthique: Les intérêts de RFI et ceux de la Bibliothèque nationale, donc de l’Etat haïtien, ne peuvent-ils pas entrer en conflit à travers vous?
Vous ne cessez de confirmer votre grave incompréhension de votre fonction prestigieuse en continuant à animer l’émission Des livres et vous à Radio-Télé Caraïbes. Comme directeur général de la Bibliothèque nationale d’Haïti, vous devez assurer la conservation, la sauvegarde, la promotion, l’accès des livres haïtiens, particulièrement ceux ayant l’ISBN, donc qui entrent automatiquement dans le patrimoine. Vous ne pouvez ni les juger, ni les critiquer, ni les censurer. Votre haute fonction vous rend neutre. A la tête de la Bibliothèque nationale d’Haïti, vous êtes le gardien suprême, impartial du livre haïtien, donc vous ne pouvez pas dans une émission d’un média privé, dans quel que soit le média d’ailleurs, critiquer les livres haïtiens, c’est-à-dire en faire ressortir, ce qui paraît à vos yeux, comme qualités ou comme défauts. Vous ne pouvez pas non plus prendre le parti de certains auteurs, et en occulter d’autres. Votre fonction de directeur général de la Bibliothèque nationale et votre rôle d’animateur/critique du livre sont complètement contradictoires et même conflictuels.

Si vous vous attachiez tant à vos emplois précédents, vous ne devriez pas accepter ou aller chercher votre nouvelle fonction hautement étatique, car ils sont dangereusement incompatibles. Il ne faut pas vouloir le beurre, l’argent du beurre et la laitière. Vous devez choisir pour éviter toute corruption et dégénérescence.

Barbancourt

le rhum des connaisseurs

Je vous salue cordialement

Marie Claudine Paul
Doctorante en Histoire de l’art à La Sorbonne

11 comments

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11 Comments

  • CASSEUS John Leighton
    1 juin 2020, 22:53

    Bon bagay Pitit fim, m PA konn siw pale Ayisyen. Men lèt ou an rive sou Mwen anpil. Poum klè avèw le Nouveau D. G est un Frère e pèsonèlman mwen Te fèm plezi te felisitel , donk saw souliye yo telman klè, vrè epi reyèl e nan sans sa m panse Zanmim, Frèm Neard ap gen pou pran konsèy sa yo kòm bon Ayisyen ,sa ki va ridel fini kòm yon gran e non kòm yon esklav .

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  • Antoine Langomier
    2 juin 2020, 02:42

    Elle a tout dit ! Il ne doit pas hésiter à choisir. Il n’est pas question d’embarras de choix. Il devait choisir bien avant d’accepter le poste. E si te gen Leta ki tap fèt tout bon yo te dwe di misye sa tou, bien avant l’arrêté présidentiel. Point barre.

    L’observatoire

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  • Jean ardouin esther louis-charles
    2 juin 2020, 07:23

    Aux ames bien nées la valeur n’attend pas le nbre des années.
    Mais parfois il faut laisser aux ames le tamps de murir. Pour mieux produire.
    Ce pouvoir gaspille le temps. Fourvoie la jeunesse.

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  • Urbens
    2 juin 2020, 07:23

    Je pense vous dites vroies ,madame nous vivons dans une qui sont dirigé par des incompétent c’est évident ce qui arrive.

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  • Le Grand R
    2 juin 2020, 07:33

    Les remarques sont bienveillante, pourtant la manière de le faire est un peu trop sévère. Il pourrait ne pas voir les choses sous cet angle, vu qu’il a gagné en popularité en grande partie grâce à son émission à RFI et "Des livres et vous" sur la RTVC. J’en profite l’occasion pour féliciter vigoureusement le DG de la BNH, un ancien du lycée Toussaint Louverture tout comme moi. Bravo !

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    • Delgado FLORIAN@Le Grand R
      2 juin 2020, 10:28

      Konn li konprann se 2

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    • Antoine Langomier@Le Grand R
      3 juin 2020, 02:06

      Vous n’aviez pas besoin de faire le marronnage pour etre solidaire d’un ami. Ce sont les gens comme vous qui empechent au pays de prendre sa vitesse de croisiere. Et ce sont les gens comme vous qui permettent historiquement a’ l’option petioniste de continuer a’ triompher.

      Les Vorbe, Abdallah…et Boulos connaissent bien la mentalite’ des bossales qui accedent a’ la lecture et l’ecriture. Et c’est la raison pour laquelle, le rate’ Preval etait leur chochou. Avec lui, ils avaient la possibilite’ de mettre aisement les Claude Moise, Michel Hector, Frantz Verella, Michelle Duvivier Pierre-Louis…et Jean Philippe Jean-Baptiste "Samba Boukman" autour d’une meme table. Et puis, la paix!

      Un jour viendra…

      L’Observatoire

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