Dans 18 pays, notamment en Europe, les autorités sanitaires ont relayé le rappel volontaire de plusieurs lots de laits infantiles Guigoz et Nidal, après des défaillances répétées sur des lignes de production. En décembre dernier déjà, la présence de Bacillus cereus avait exposé les failles du dispositif de contrôle du groupe, déclenchant une vague de critiques internationales.
Un danger reconnu… ailleurs
Ailleurs, on informe. On prévient. On agit.
En Haïti, on se tait.
Le mythe d’une Haïti “non concernée”
Prétendre que ces produits ne circulent pas en Haïti relève soit de la naïveté, soit de la mauvaise foi. Laits infantiles importés sans contrôle, revente sur les marchés informels, dons humanitaires mal tracés, pharmacies privées non surveillées : le pays est un terrain vulnérable, où les produits destinés aux nourrissons échappent largement à tout mécanisme sérieux de régulation.
Les lots rappelés sont pourtant clairement identifiés :
GUIGOZ 1, GUIGOZ Digest+, GUIGOZ Expert AR, GuigozGest 1, avec des numéros de lots précis.
Mais à quoi sert l’information internationale si l’État ne la relaie pas ?
Le ministère de la Santé : absent au moment critique
Le Ministère de la Santé publique et de la Population n’a, à ce jour, publié aucune note officielle, aucune mise en garde, aucune recommandation à destination des parents, hôpitaux ou centres de nutrition.
Ce mutisme soulève des questions lourdes de conséquences :
- Qui contrôle réellement les laits infantiles vendus en Haïti ?
- Qui protège les enfants lorsque des multinationales reconnaissent elles-mêmes des risques ?
- Qui assume la responsabilité si des nourrissons tombent malades ?
L’absence de réponse n’est pas neutre. Elle est dangereuse.
Quand l’inaction devient une faute
Dans un pays marqué par la malnutrition chronique, où des milliers de familles dépendent du lait infantile pour nourrir leurs enfants, ne pas informer revient à exposer sciemment les plus vulnérables.
Il ne s’agit plus d’un simple manque de communication.
Il s’agit d’un manquement grave à une obligation fondamentale de santé publique.
La protection des nourrissons ne peut dépendre ni du hasard, ni de la vigilance individuelle des parents, encore moins du bon vouloir des multinationales. Elle relève exclusivement de la responsabilité de l’État.
Un État qui regarde ailleurs
Ce dossier révèle une réalité plus large et plus inquiétante : l’effondrement du système de veille sanitaire. Pas de traçabilité, pas d’anticipation, pas de réaction. Pendant que d’autres pays rappellent, contrôlent et informent, Haïti continue d’improviser — ou pire, d’ignorer.
La question n’est plus de savoir si le pays est concerné.
La question est de savoir combien de temps encore les autorités continueront à détourner le regard, pendant que des nourrissons consomment des produits potentiellement à risque.
Le silence, ici, n’est pas une option.
C’est une faute.


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