Coronavirus : aux Etats-Unis, des pasteurs récalcitrants défient le confinement

Coronavirus : aux Etats-Unis, des pasteurs récalcitrants défient le confinement

Contrairement au vœu du président américain, qui, dès la fin mars, avait anticipé un redémarrage du pays, les églises ne seront pas « bondées » pour la messe pascale, dimanche 12 avril. La plupart des responsables religieux, catholiques et protestants, ont demandé à leurs fidèles de suivre les célébrations en ligne, afin de respecter les mesures de confinement et de distanciation désormais en vigueur dans 45 Etats américains sur 50.
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A travers le pays, certaines églises organisent aussi des cérémonies à suivre en « drive-in », permettant aux fidèles de se rendre en voiture devant le lieu de culte. Au Texas, un pasteur s’est pour sa part engagé à tenir plusieurs offices dans la matinée afin que les fidèles puissent y assister en respectant les mesures de distanciation sociale. « On ne peut pas répondre à l’appel de Dieu, en livestream », a-t-il déclaré à la chaîne ABC.
Mais à travers le pays, des pasteurs zélés ou en quête de notoriété, s’appliquent à défier les règles. En Louisiane, l’un des Etats particulièrement touchés par le Covid-19, Tony Spell, responsable de l’église Life Tabernacle Church, persiste à penser que « Dieu protégera [les malades] de tout mal et de toute maladie ». Ce récidiviste, déjà arrêté le 31 mars pour violation des règles de confinement, après avoir célébré une messe où se pressaient des centaines de fidèles, a répété à la veille de Pâques à l’agence de presse Reuters que « Satan et le virus ne [les] arrêter[ont] pas » et promis une célébration dimanche.
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Relevé des plaques d’immatriculation

Dans le Kentucky, où au moins six responsables religieux ont convoqué leur assemblée de fidèles, le pasteur à la tête de l’église On Fire Christian poursuit en justice le maire de sa commune « au nom de la protection de la liberté religieuse ». Il a assuré que ses fidèles assisteraient à l’office de leur voiture, mais le gouverneur démocrate a ordonné aux forces de l’ordre de relever les plaques d’immatriculation des voitures garées sur les parkings des lieux de culte afin d’imposer une quarantaine aux contrevenants. Une mesure jugée exagérée par les deux sénateurs républicains de l’Etat, Mitch McConnell et Rand Paul.
En Californie les forces de l’ordre ont ordonné au propriétaire d’un lieu de culte de changer les serrures afin que le pasteur ne puisse y tenir son office. Ce dernier a convoqué ses fidèles dans un endroit secret, selon Reuters.

Barbancourt

le rhum des connaisseurs

Un homme prépare la diffusion en direct de la messe depuis l’église méthodiste St Paul de Brooklyn, dans l’Etat de New-York, le 5 avril. Bebeto Matthews / AP
Dans certains Etats, les autorités elles-mêmes sèment la confusion. En Floride, le gouverneur républicain Ron DeSantis, fervent supporteur de Donald Trump, et opposé aux mesures de confinement de la population pour des raisons économiques, a fini par le décréter le 3 avril. Mais il en a exclu les lieux de culte, estimant qu’ils délivraient des services « essentiels ». Un pasteur avait toutefois été interpellé par le shérif de son comté pour avoir rassemblé plus de cinq cents de ses fidèles, mettant en péril la santé publique, selon les autorités locales. Invoquant des « menaces de mort » sans toutefois les démontrer, le pasteur Rodney Howard-Browne a finalement renoncé à la messe pascale.
Des consignes compliquées à déchiffrer

Une même incertitude règne au Texas où le gouverneur, également républicain, autorise les rassemblements religieux à condition qu’ils respectent les mesures de distanciation, soit aux Etats-Unis, 1,80 m entre deux personnes. La Caroline du Sud, dernier Etat de la côte est à avoir décrété le confinement le 7 avril, permet aux croyants de se retrouver pour Pâques, au nom de la liberté religieuse.
Les consignes sont encore plus compliquées à déchiffrer pour les fidèles du Kansas : la gouverneure démocrate, qui depuis le 30 mars, a interdit les rassemblements de plus de dix personnes, a été contredite par une instance législative de l’Etat dominé par les républicains qui a jugé cette mesure « anticonstitutionnelle ».
Dans les rares Etats qui n’ont pas de mesures de confinement, comme le Dakota du Nord, aucune interdiction ne devrait empêcher les croyants de se rassembler. Dans ce contexte, le président américain n’a pas apporté plus de clarté, vendredi 10 avril. Il a à la fois exprimé son « grand respect » pour les pasteurs désirant célébrer des messes en personne et les a appelés à faire preuve de retenue. Lui-même suivra sur son ordinateur la cérémonie célébrée par le pasteur Robert Jeffress de Dallas (Texas), habituel intervenant sur Fox News et connu pour ses saillies controversées contre l’Eglise catholique, l’islam ou le judaïsme.
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Stéphanie Le Bars(Washington, correspondance)

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