Depuis quelque temps, un phénomène inquiétant gangrène le discours médiatique haïtien : la banalisation de l’exil politique. À écouter certains journalistes haïtiens installés à l’étranger, Haïti serait devenue une vaste machine à produire des exilés politiques. La réalité est pourtant bien différente, et il est temps de le dire clairement.
Tous les départs ne sont pas des exils politiques.
Fuir une menace ciblée, documentée, liée à un travail journalistique précis n’a rien à voir avec quitter le pays parce que l’on ne peut plus payer son loyer, nourrir sa famille ou exercer son métier dans des conditions décentes.
En Haïti, beaucoup de journalistes ne sont pas chassés par leurs enquêtes, mais par la faillite économique du secteur médiatique, l’effondrement des entreprises de presse et l’absence totale de protection sociale. C’est une tragédie nationale. Mais ce n’est pas, par définition, de l’exil politique.
Pourtant, une fois hors du pays, certains réécrivent leur histoire. Ils se découvrent soudain une persécution politique, parfois vague, parfois invérifiable, souvent opportuniste. Pourquoi ? Parce que le label “exilé politique” ouvre des portes : asile, ONG, tribunes internationales, financements, visibilité. Le récit devient alors un outil de survie personnelle, au détriment de la vérité.
Cette dérive est dangereuse.
Elle dévalorise le véritable exil politique, celui des journalistes réellement menacés, agressés, contraints de fuir après avoir dérangé le pouvoir, les gangs ou les réseaux criminels. Elle affaiblit la crédibilité de la presse haïtienne à l’international et nourrit la méfiance des institutions étrangères.
Un journaliste a le droit de partir. Un journaliste a le droit de chercher une vie meilleure.Mais un journaliste n’a pas le droit de travestir la réalité pour se donner un statut qu’il n’a pas.
À Haiti24, nous refusons cette confusion volontaire. Les mots ont un sens. L’exil politique n’est pas un slogan, ni un passeport moral. C’est une situation grave, précise, documentable. Tout le reste relève de l’exil économique, conséquence directe de l’effondrement de l’État haïtien et du mépris systématique envers les médias.
Dire la vérité n’affaiblit pas la cause des journalistes haïtiens.
Le mensonge, lui, la détruit.
Haïti n’a pas seulement besoin de journalistes courageux.
Elle a besoin de journalistes honnêtes, même – et surtout – dans l’exil.


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