La Réunion : l’Assemblée adopte à l’unanimité une proposition de loi de réparation pour les « enfants de la Creuse »

La Réunion : l’Assemblée adopte à l’unanimité une proposition de loi de réparation pour les « enfants de la Creuse »

Karine Lebon, députée du groupe GDR (communistes et ultramarins), le 10 juillet 2024 à Paris. BERTRAND GUAY / AFP L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, mercredi 28 janvier au soir, une proposition de loi visant à reconnaître et à réparer les préjudices subis par les mineurs réunionnais déplacés de force dans l’Hexagone entre 1962 et 1984. Cette

Karine Lebon, députée du groupe GDR (communistes et ultramarins), le 10 juillet 2024 à Paris.

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, mercredi 28 janvier au soir, une proposition de loi visant à reconnaître et à réparer les préjudices subis par les mineurs réunionnais déplacés de force dans l’Hexagone entre 1962 et 1984. Cette politique d’Etat a touché plus de 2 000 enfants.

C’est sous le regard de plusieurs dizaines de ces Réunionnais déracinés, aujourd’hui adultes, que la députée de La Réunion Karine Lebon, du groupe GDR (communistes et ultramarins), a défendu, les larmes aux yeux, sa proposition de loi dans l’hémicycle.

« Nous n’avons pas le pouvoir de leur rendre leur enfance (…) mais celui d’affronter l’histoire », a lancé la députée, la voix cassée par l’émotion.

Le texte prévoit la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée nationale d’hommage le 18 février et l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire. « Le choix d’ouvrir un droit à réparation n’est pas une consolation mais une reconnaissance nationale », a affirmé Mme Lebon. « Réparer ne signifie pas tourner la page, mais rendre ce qui peut l’être. »

Entre 1962 et 1984, 2 015 mineurs ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux. Cette politique décidée par l’Etat visait officiellement à répondre au doublement de la population réunionnaise en trente ans et à repeupler des zones rurales.

« On leur disait : votre enfant reviendra vous voir tous les ans et il reviendra avocat, médecin, pilote. Evidemment, il n’en était pas question », a rappelé Karine Lebon lors de la conférence de presse de son groupe parlementaire, mardi. « Arrachés à leur famille et à leur île », ces enfants ont été confrontés à un « choc culturel, linguistique et climatique », résume le rapport de la commission des affaires sociales, qui ajoute que beaucoup ont subi des maltraitances et des humiliations, certains ayant aussi connu un changement d’état civil et ignorant encore leur vrai nom.

C’est le cas de Marie-Germaine Périgogne, en tribunes, qui a grandi sous une autre identité, arrachée à l’âge de 3 ans à sa famille et à son île pour l’Hexagone. Passée de pouponnière en famille d’accueil, avant d’être adoptée à 7 ans par une famille creusoise « qui l’aime mais lui cache sa véritable identité », elle ne découvrira qu’à l’adolescence, en fouillant des papiers, son véritable nom. Son état civil avait été modifié, a cité en exemple Mme Lebon dans son discours.

« L’Etat a le devoir de reconnaître cette erreur »

« Nous sommes tellement émus aujourd’hui. On s’est déplacés de La Réunion et de toute la France hexagonale, car on voulait entendre ce oui, qui va enfin nous apaiser », a réagi auprès de l’Agence France-Presse Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des départements et régions d’outre-mer, après le vote.

« Nous avons besoin de trouver ce chemin de la résilience », a-t-elle plaidé, ajoutant que « la prochaine étape » se joue désormais au Sénat, où elle espère, avec Mme Lebon, une inscription rapide de la proposition de loi.

Le texte rebaptise ces victimes « mineurs de La Réunion transplantés » plutôt qu’« enfants de la Creuse », ce département ayant accueilli le plus grand contingent mais n’étant pas à l’origine de cette politique. En 2014, l’Assemblée nationale avait adopté une résolution mémorielle reconnaissant la responsabilité de l’Etat. En 2017, Emmanuel Macron avait qualifié cette politique de « faute » ayant « aggravé la détresse » des enfants.

« Les enfants dits “de la Creuse” vieillissent. Ils sont parfois très en colère. Ils disent qu’ils n’ont pas eu la vie à laquelle ils auraient pu prétendre. Et l’Etat a le devoir de reconnaître cette erreur », a ajouté Karine Lebon.

La proposition de loi s’appuie sur la loi de 2005 sur les rapatriés d’Afrique du Nord et de 2022 sur les harkis, qui avaient prévu des dispositifs similaires de reconnaissance et de réparation. L’allocation sera versée sur demande aux victimes ou à leurs descendants. Sur les 2 015 personnes concernées, entre 200 et 250 ont été clairement identifiées, a précisé Karine Lebon en commission.

Le Monde avec AFP

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