L’intervention de la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, devant le Conseil de sécurité des Nations unies soulève une profonde incompréhension. Alors que le représentant des États-Unis a décrit une Haïti ravagée par la violence des gangs, où Port-au-Prince est devenue une véritable zone de mort, la cheffe de la diplomatie haïtienne a choisi de mettre en avant une amélioration de la situation sécuritaire et le fonctionnement des institutions.
Ce discours apparaît en total décalage avec les faits observés sur le terrain. Plus grave encore, il intervient au moment où l’administration américaine a décidé de ne pas renouveler le Statut de protection temporaire (TPS), une mesure qui expose plus de 350 000 Haïtiens à une possible expulsion.
Le contraste est d’autant plus frappant que, dans son avis aux voyageurs mis à jour le 10 juillet 2026, le Département d’État américain présente une réalité radicalement différente. Washington déconseille formellement tout voyage en Haïti et demande aux personnes qui s’y rendraient malgré tout de prendre des précautions exceptionnelles à savoir rédiger un testament, désigner un mandataire, souscrire une assurance couvrant une évacuation médicale, préparer un plan de communication avec leurs proches, laisser un échantillon de leur ADN auprès de leur médecin et remettre leurs dossiers dentaires à leur famille afin de faciliter leur identification en cas de décès entre autres.
Comment concilier une telle évaluation avec le discours rassurant présenté par la ministre devant les Nations unies ? Cette contradiction fragilise la crédibilité de la diplomatie haïtienne et démontre que la ministre est totalement déconnectée de la réalité quotidienne de millions d’Haïtiens confrontés à l’insécurité.
Une ministre des Affaires étrangères a pour mission de défendre son pays, mais elle doit aussi parler avec lucidité. Présenter une image excessivement optimiste d’Haïti, alors que les principaux partenaires internationaux dressent un constat opposé, risque d’affaiblir la voix du pays sur la scène internationale et d’alimenter des décisions dont les conséquences seront supportées avant tout par les Haïtiens eux-mêmes.


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