Alors que le mandat de la mission multinationale de sécurité en Haïti arrive à échéance, les États-Unis et le Panama poussent pour créer une force internationale plus robuste contre les gangs, soutenue par plusieurs pays de la région. En visite à Port-au-Prince, le haut responsable onusien Tom Fletcher a rencontré des victimes de violences sexuelles et alerté sur l’urgence humanitaire, tandis que l’OEA exprime un appui croissant aux efforts de stabilisation.
Port-au-Prince, 11 septembre 2025 – Alors que la date limite approche pour renouveler le mandat de la mission multinationale de sécurité en Haïti, menée par le Kenya, une initiative américaine visant à élargir et renforcer ce dispositif a reçu un soutien régional grandissant.
Un contexte de crise humanitaire
En visite en Haïti, le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, Tom Fletcher, a passé la journée de mercredi à écouter des femmes victimes de viols commis par des gangs. Cette mission de terrain visait à prendre la mesure d’une crise sécuritaire et humanitaire qui a déjà causé plus de 3 000 morts en 2025, selon les estimations locales.
Fletcher s’est également rendu dans des camps de déplacés où des familles, chassées de leurs maisons, vivent dans des conditions précaires. Beaucoup ont exprimé le souhait de rentrer chez eux, même si certains n’ont d’autre choix que de retourner dans des quartiers toujours sous contrôle des gangs.
Une offensive diplomatique américaine
Mardi soir, les ministres des Affaires étrangères de l’Organisation des États Américains (OEA) ont publié une déclaration commune de soutien aux efforts des États-Unis et du Panama pour renforcer la réponse internationale en Haïti. D’autres pays des Caraïbes et d’Amérique latine se sont ralliés à la déclaration mercredi.
L’objectif : élargir le mandat de la Multinational Security Support Mission dirigée par le Kenya, dont le mandat d’un an arrive à expiration à la fin du mois. Washington et Panama proposent la création d’une force plus robuste, qualifiée de « Gang Suppression Force », avec un effectif doublé et des objectifs plus offensifs.
Débats sur la stratégie
Si la résolution américaine au Conseil de sécurité de l’ONU mentionne explicitement la mise en place de cette « Gang Suppression Force » via un bureau de soutien des Nations Unies, la résolution adoptée par l’OEA reste plus prudente.
Selon l’ambassadeur d’Antigua-et-Barbuda, Sir Ronald Sanders, cette omission est volontaire : « Il ne s’agit pas seulement de réprimer. Nous devons aller au-delà de l’élimination des chefs de gangs. Beaucoup de jeunes, parfois des adolescents, se retrouvent enrôlés malgré eux. »
Un financement encore incertain
Le Secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, a salué le consensus régional et rappelé le lancement récent d’une feuille de route de 2,3 millions de dollars pour appuyer la stabilisation d’Haïti. « Les Amériques sont prêtes à aider Haïti à avancer vers la paix, la stabilité et la prospérité », a-t-il déclaré sur X (ancien Twitter).
Mais les obstacles demeurent. Le projet devra obtenir l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, où la Chine et la Russie disposent d’un droit de veto. Par ailleurs, les récentes coupes budgétaires imposées par l’administration américaine compliquent le financement. Selon la proposition de l’ONU, la nouvelle force serait financée via les contributions des États membres au budget du maintien de la paix.
Vers une nouvelle étape décisive
Cette semaine cruciale pourrait décider de l’avenir du soutien international à Haïti. Entre l’aggravation de la violence, l’urgence humanitaire décrite par Tom Fletcher, et les efforts diplomatiques menés à l’OEA et au Conseil de sécurité, le pays se trouve une fois de plus au centre des négociations mondiales sur la sécurité et l’aide internationale.


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